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Le sujet : Je veux un VRAI sous-titrage !

Format
Mini-conf
Lieu
Petit amphi
Date
13/10
Heure
12 h 25
Durée
15 mn
Thème(s)

En général, les personnes qui sous-titrent ne connaissent pas les sourds, et de l'autre côté la technique est souvent méconnue du public sourd.

En quoi le sous-titrage sourd et malentendant est-il différent de la version originale sous-titrée, au delà des problèmes techniques et des référentiels d'accessibilité du sous-titrage sur le web, nous essayerons de voir les solutions les plus simples à mettre en œuvre.

Sur le fond, nous verrons comment faire en sorte que votre sous-titrage soit compris par les sourds.

Le but : faire un sous-titrage utile pour votre public.


Présenté par Sophie Drouvroy



Diplômée de l'école des Gobelins en 1997, j'ai connu la bulle internet au plus haut de son euphorie.
Un parcours varié de l'atelier PAO à l'agence de communication en full flash en passant par la production industrielle en SSII m'a amenée à regarder les standards du web et leur accessibilité en dehors même de mon handicap.

Après l'éclatement de la bulle internet, même mes compétences n'arrivent plus à faire oublier ma surdité, ce qui m'amène à me lancer dans Etrecréatif.

En parallèle, je lance le site Medias-soustitrés en 2003, pour défendre le sous-titrage sourd et malentendant en France aussi bien à la télévision que sur tous les supports possibles. Pour rappel le sous-titrage en 2001 n'était que de l'ordre de 10%. Depuis 2005, j'aide les associations de sourds et malentendants à leur demande sur les dossiers du sous-titrage.


Transcription

Je m'appelle Sophie, je vais vous parler de...
Je suis sourde de naissance, je n'entends pas et c'est pas une chose qui est prête d'arriver.

Vous mettez des vidéos sur vos sites internet, et moi, ce que j'ai besoin c'est de les comprendre et c'est pour ça que je veux un vrai sous-titrage.

On va parler de couleurs, de en quoi consiste la qualité, comment faire pour avoir une bonne compréhension de la vidéo et enfin des bonnes pratiques de sous-titrage.

Le sous-titrage est apparu sur le web en 2002, grâce à Flash avec les plugins des players Flash qui sont arrivés en 2002. Ça a été la révolution avec l'arrivée du DivX. Ça a été la révolution du téléchargement des vidéos. Et pour enfin, pour terminer avec YouTube en 2008. Le 29 août 2008, YouTube a mis en place une interface de sous-titrage sur son site pour permettre à l'utilisateur de sous-titrer plus facilement les vidéos.

C'est l'explosion de la vidéo en ligne. Y'a plus de 2 millions de vidéos sous-titrées... Non ! Pas sous-titrées justement ! Plus de 2 millions de vidéos en ligne vues par jour, et combien il y a en de sous-titrées ? Une infime partie, quasiment rien.

La plupart du temps, on trouve des versions originales, qui est la traduction littérale de ce qui est dit.

Moi, ce que je voudrais, c'est du sous-titrage pour les sourds et malentendants en français. Le sous-titrage pour les sourds et malentendants, ça correspond à de la version originale avec des indications supplémentaires sur ce qui se passe dans la scène. Par exemple, y'a du bruit, y'a de la musique, y'a un téléphone qui sonne. C'est l'équivalent du closed-caption en anglais.

J'ai l'habitude de voir à la télévision les sous-titres en couleurs. C'est un automatisme, mon cerveau interprête le sous-titre qu'il voit à l'écran. Je sais par exemple avec ces couleurs-là... Le blanc qui est... Enfin, y'a deux groupes de couleurs, y'a le groupe de paroles et de bruits. Ici, on a le blanc, le jaune, le cyan, le vert qui sont... Enfin, ce qu'il y a marqué ici. Par exemple, quand c'est sous-titré en vert, je sais que c'est une personne qui va parler en langue étrangère et automatiquement mon cerveau traduit. Ça nous aide à comprendre plus facilement.

N'oubliez pas, rendre une vidéo accessible, ça n'est pas uniquement que le sous-titrage. Ce n'est pas que pour les sourds, c'est aussi la rendre accessible, c'est-à-dire, la rendre navigable au clavier, rajouter l'audiodescription pour les personnes aveugles. C'est pas si compliqué, il faut du temps, de la compréhension et de la volonté pour le faire. Y'a une présentation qui a été faite au W3Café, vous allez pouvoir trouver toutes les informations techniques et les différents players vidéo.

N'oubliez pas qui en bénéficie. Ces personnes, et vous ! Vous pouvez regarder des vidéos en open-space, ou dans les lieux publics, dans les gares, vous n'avez pas forcément le son sur la vidéo. À ce moment là, ça peut vous aider.

Il y a aussi une affaire de référencement, le sous-titrage est devenu une affaire de référencement. Sur YouTube, une vidéo est traduite automatiquement en 52 langues. Ce qui fait que notre vidéo est vue dans le monde entier et c'est encore meilleur en termes de référencement. Le sous-titrage, c'est comme les lunettes, un jour vous en aurez besoin.

[rires dans la salle]

Et enfin, les bonnes pratiques, je vous propose un travail que je fais en parallèle avec les associations de sourds et malentendants, les chaines de télévision et le CSA. J'en ai retenu les meilleures.

Ici, on a le respect au niveau du langage.
C'est pas parce que... Par exemple, vous avez une vidéo où on montre une personne qui va dire "Yo ! Ça boome ?". Vous allez pas sous-titrer "Bonjour, vous désirez ?". Donc, si ça dit "Yo ! Ça boome ?", vous écrivez "Yo ! Ça boome ?". Respectez ce qui est dit.

Le respect des règles d'orthographe.
C'est pas parce que on fait du bon français, qu'il ne faut pas faire du bon sous-titrage.

Le respect de l'image.
Les 3/4 du temps, nous avons la vidéo avec la personne et les informations textuelles qui sont par exemple le nom de la personne avec sa fonction. Évitez, s'il vous plait, de mettre le sous-titrage à ce niveau là parce que parfois on a besoin de savoir qui est la personne qui parle et on sait pas parce qu'il y a le sous-titrage. D'autant plus que sur le web, on a la possibilité de sortir le sous-titrage de la vidéo, de le mettre en dehors de la vidéo. Donc, éventuellement, si on peut la sortir, c'est mieux. Si on peut pas, on la laisse sur la vidéo en la plaçant du mieux que possible et éventuellement avec un fond noir ou translucide.

Enfin, l'utilisation du tiret pour justement pouvoir faire la différence. Quand il y a une conversation, un dialogue, on sait qui parle. L'effet ping-pong, on sait jamais qui a dit quoi et quand il y a un tiret, on arrive à faire la différence de ces personnes-là.

L'utilisation du code couleur.
Idéalement, ça serait bien d'utiliser le code couleur mais je comprends que c'est pas toujours possible. Une chose qui pourrait être, en remplacement du code couleur, c'est un équivalent pour le web. À défaut de mettre de la couleur dire par exemple quand il y a un téléphone qui sonne sur la vidéo, on va écrire "le téléphone sonne", et ça va être écrit en rouge. Si on n'a pas cette possibilité là, éventuellement la mettre entre crochets et dire "le téléphone sonne". Comme ça, on sait si c'est le téléphone qui sonne et non pas quelqu'un qui a dit que le téléphone sonnait.

Enfin, pour terminer, un bon découpage des phrases sur une vidéo.
On peut avoir quelqu'un qui va dire "il aime les jeunes filles". Et ça va se dérouler sur plusieurs plans, sur le premier plan on va écrire "il aime les jeunes". Et sur le deuxième plan "filles". Donc idéalement, ça serait bien d'écrire "il aime les jeunes filles". Comme ça, ça prête pas à confusion et les gens se font pas d'idées sur ce qui va être dit. La qualité de votre sous-titrage, c'est ma compréhension.

Comment savoir qu'une vidéo est correctement sous-titrée ?
Alors, première possibilité, prenez un casque anti-bruit, je ne sais pas si vous voyez... Vous entendez plus rien, vous entendez pas les gens autour de vous parler. Ou alors vous coupez le son de votre ordinateur et là vous voyez, et vous regardez le travail que vous avez fait sur votre vidéo. Si là vous comprenez ce qui a été dit, c'est que c'est un bon sous-titrage, sinon, ben, vous pouvez recommencer le boulot.

[rires]
[applaudissements]

- Animateur de la salle : il nous reste du temps si vous le souhaitez pour quelques questions.

- Une auditrice : vous avez donné quelques conseils pour faire du bon sous-titrage, je voulais savoir s'il y avait une bonne référence à conseiller en ligne par exemple. Comme un résumé de tous les conseils à suivre pour faire du bon sous-titrage. Je travaille dans l'accessibilité, j'ai souvent des gens qui me demandent, je les aide comme je peux mais je n'ai pas encore trouvé de bonnes sources officielles ou bien je n'ai peut-être pas suffisamment cherché.
- Sophie : vous vous connectez sur Medias-soustitres et ici vous trouverez toutes les informations qu'il y a. C'est un site qui est mis à jour assez régulièrement et qui suit l'actualité du sous-titrage. C'est vrai que jusqu'à présent j'ai beaucoup fait la télévision mais l'internet m'intéresse aussi parce que je pense que la vidéo en ligne c'est le futur de la télé. Pourquoi moi je n'y aurai pas accès comme tout le monde. Donc, toutes les infos sont à cet endroit là.
- Merci.

- Une autre auditrice : bonjour, merci beaucoup pour la présentation. J'ai une question, moi j'ai déjà fait du sous-titrage mais pas sourds et malentendants, des traductions en fait. Des traductions pour des films chinois, anglais vers le français. Et quelque chose de spécifique dans le sous-titrage, en tout cas pour les langues étrangères, c'est qu'il faut que les gens aient le temps de lire. Des fois, il est impossible, on est obligé de faire des choix qui raccourcissent, ce qui explique qu'il faut être indulgent parfois quand on comprend la langue et qu'on voit le sous-titrage et on dit "mais il a pas dit ça". Mais on est obligé parfois de raccourcir, pour que les gens... Il y ait un temps en fait... Un nombre de mots qu'on peut lire par seconde, et si les gens parlent trop vite, on est obligé de faire des raccourcis. Je me demandais, dans le sous-titrage sourds et malentendants, la contrainte, forcément c'est à la fois un peu la même et en même temps, je ne sais pas comment on gère cette perte là.
- Sophie : il y a des fois, c'est tellement raccourci que ça veut plus rien dire...
- Et justement, quelle est la meilleure approche ? Est-ce qu'un transcript en complément ? Parce que y'a des choses qui perdent de la spontanéïté si on met en pause la vidéo, si on permet la mise en pause de la vidéo.
- Sophie : je vais vous retourner la question différemment. C'est comment vous pouvez réagir si vous vous écoutez une émission en ligne et que vous avez des trous dans le truc. Personnellement, ça m'embête et moi je suis plus pour avoir l'intégralité, même s'il faut bourrer sur l'écran. On sait pas mais... C'est vrai que la parole va plus vite, la parole va plus vite que l'écrit, ça c'est vrai. Mais après, faire des résumés, oui, d'accord, pourquoi pas. Mais il ne faut pas enlever le sens. Les trois quarts du temps, on n'a jamais accès à l'humour de la vidéo. Nous, on arrive, ben pfff.
- Oui, mais ça répond à ma question. Donc vaut mieux qu'il y ait plus, tant pis, quitte à ce que si on a pas le temps de lire, on mette pause et voilà.
- Sophie : personnellement, je préfère.
- D'accord. Parce qu'en tout cas, dans les métiers du sous-titrage pour les traductions, je ne connais pas pour le sous-titrage sourds et malentendants, là la consigne, c'est de permettre aux gens d'avoir le temps de lire dans les cinémas, etc. Et du coup, il y a souvent, quand on comprend la langue originale, des fois des raccourcis qui sont faits et qui doivent correspondre à un nombre de mots et qui est très énervant effectivement quand on comprend mais...
- Sophie : c'est pareil, si vous prenez une version originale et que vous la traduisez pas littéralement, ça veut rien dire. C'est... C'est un peu le même problème je pense.

- Une autre personne dans la salle : j'ai une question pratique, Sonia, je travaille pour une école et je mets pas mal de vidéos en ligne, sur Youtube, Dailymotion et Viméo. La question est de savoir, est-ce qu'il existe des outils qui permettraient de récupérer facilement ces contenus audio de manière à pouvoir déjà alléger la charge de travail et préparer ce travail d'audiodescription et de sous-titrage.
- Sophie : personnellement, étant sourde, je ne m'intéresse pas spécialement au son, donc je ne connais pas les outils pour récupérer le son.
- Sonia : mais il y a peut-être des pistes de travail à mettre en place sur cette capacité en fait, à récupérer et à ré-encoder avec des synthèses vocales le son, de manière à pouvoir gagner du temps sur ce travail qui est très chronophage. (en réaction à une remarque inaudible du public) Sur la transcription oui.
- Sophie : oui mais...
- Quelqu'un d'autre dans le public : une bonne secrétaire !
- Un autre auditeur : je réponds juste à la question, c'est est-ce qu'il avait des outils pour retranscrire automatiquement un son. Oui, il y en a,
ils ne sont pas forcément très performants. Google en propose un même directement sur Youtube. C'est pas idéal, y'a quand même un retravail un peu derrière. Moi j'avais juste une question très rapide. Est-ce que tu as une préférence entre le sous-titrage où c'est phrase par phrase, ou est-ce que le sous-titrage
où c'est un mode continu, c'est-à-dire que la phrase d'avant qui est permanence répétée dans le sous-titre qui s'affiche. C'est un mode qui est très utilisé aux États-Unis, et assez peu en France à ma connaissance.
- Sophie : tu parles du scrolling.
- Oui voilà, je ne sais plus quel est le terme...
- Sophie : ça fait un an ou deux que ça arrive en France, et effectivement on n'a pas l'habitude. Après il y a plusieurs possibilités d'afficher le sous-titrage. C'est effectivement comme tu dis, ligne par ligne. Après il y a le scrolling, qui monte comme ça. La dernièrement j'ai vu des sous-titres qui apparaissaient à partir du centre de l'écran et tu as les mots qui s'affichent au fur et à mesure. J'ai pas de préférence particulière à partir du moment où il y a du sous-titrage. Après c'est une question d'habitude.

- Un auditeur en LSF : justement, une petite question, je voulais savoir dans ce qu'on regarde à la télévision, les sous-titrages effectivement il y a des couleurs et sur Internet, par exemple pour les replay, sur certaines chaines il y a zéro sous-titrage alors qu'on les a à la télé. Je ne comprends pas pourquoi est-ce que le sous-titrage n'est pas intégré sur les replay qu'on peut trouver alors que le travail de sous-titrage est déjà fait à la télévision. Finalement, sur les replay on n'a rien de rien, alors que le sous-titrage est déjà fait.
- Sophie : euh...
[rires dans la salle]
- Sophie : je peux répondre en langue des signes ?
[l'interprète réclame le micro]
- Sophie : oui voilà, désolée mais...
[rires dans la salle]
- Sophie : donc le problème c'est que des fois il y a des personnes qui disent que c'est au niveau des finances, aussi au niveau de la technique mais en fait c'est pas ça. Parce qu'effectivement il y a des sous-titrages qui peuvent être faits en direct. Donc il faut militer, il faut se battre pour que les sous-titrages qui sont faits à la télé soient également intégrés sur Internet. C'est un nouveau combat qu'il faut mener.

- Animateur de salle : merci beaucoup.
[applaudissements]
Merci à vous.

- Sophie : je me sens mieux, mais vraiment mieux !

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