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Le sujet : Le jeu en vie

Format
Mini-conf
Lieu
Auditorium Blaise Pascal
Date
vendredi 19
Heure
10 h 25
Durée
15 mn
Thème(s)
Service(s)
LSF

Le monde qui nous entoure et que nous traversons quotidiennement est riche et varié, plein d'une multitude de détails que nous ignorons. Il est souvent dit que le jeu vidéo nous coupe de la réalité et de notre environnement alors qu'il est un divertissement.

Internet et les smartphones nous offrent de nouveaux moyens qui ne sont pas encore pleinement utilisés.

Comment pouvons-nous utiliser les nouveaux outils mobiles pour permettre au contraire au jeu de nous aider à redécouvrir et reconquérir notre environnement immédiat en s'amusant ?


Présenté par Thibault Cabanas



Diplomé de l'ESAG-Penninghen, recruté pour faire des interfaces graphiques pour un jeu 3D multi-joueurs avant de superviser l'identité visuelle d'une marque de poker en ligne, Thibault Cabanas a monté son propre studio graphique et travaille désormais à des projets web innovants propriétaires avec une petite équipe de developpeurs.


Transcription

(Merci à Tanguy Lohéac pour la transcription.)

Je vais parler du jeu en vie.
Donc là c’est plus limite le jeu vidéo dont je vais parler que du web en lui-même, même si maintenant les deux se rejoignent complètement.

Donc c’est un court en faveur des retrouvailles entre le jeu et la réalité.
Je m’appelle Thibault Cabanas.
Je suis un graphiste.
J’ai été formé dans un espèce de goulag artistique qui s'appelle l’ESSEC péninienne.
Après j’ai été embauché pour faire les interfaces d’un jeu de casino en 3D, multi-joueurs qui a été repris par la Française des Jeux et c'est devenu leur marque de poker en ligne; de notre chère loterie nationale.
Et maintenant, j’ai pris ma liberté, j’ai monté ma boîte et je fais des petits jeux 1D.
Ce qui est quand même beaucoup plus épanouissant.

Donc le jeu, justement.

On peut définir le jeu comme une activité de loisir d’ordre physique ou bien psychique, soumise à des règles conventionnelles, à laquelle on s'adonne pour se divertir, tirer du plaisir et de l’amusement.
Wikipédia forever.

Le jeu je pense qu’on peut dire que c’est vieux.
Ça date d’il y a longtemps, voire de quasiment toujours.
Des jeux olympiques en Grèce.
Là il y a mehen égyptien, là c’est carrément 3000 ans av JC.
Bon, perso j’étais pas là pour vérifier.
Et voire même, je pense qu’on peut dire que les animaux jouent, enfin de toute façon c’est prouvé, pour développer leurs capacités physiques, leurs sens, et aussi leur esprit social.
Ils apprennent à se découvrir, à se reconnaître via le jeu.
Donc le jeu c’est pas juste quelque chose d’accessoire, c’est quelque chose qui nous forme vraiment et qui nous apprend à découvrir le monde.

Alors, le jeu vidéo maintenant.

Le jeu vidéo : le jeu vidéo est un jeu électronique qui implique une interaction humaine avec une interface utilisateur, afin de générer un retour visuel sur un dispositif vidéo (wikipédia forever bis).

Ça date… donc les premiers… là c’est l’exemple de Oxo, en 1952.
C’est un morpion.
Et à la base c’était une thèse de philosophie d’Alex Douglas.
Et le truc c’est que 1952 en passant par 1972, 20 ans après avec Pong, et l’émergence vraiment du jeu vidéo dans la culture globale, jusqu’à World of Warcraft, Aka "le cauchemar de l'ergonome" franchement, je suis… je suis abasourdi, je suis fasciné par le nombre d’informations qu’un joueur est capable de gérer sur ce jeu.
C’est fascinant !

Sauf que, que ce soit en 52, et maintenant, en 2012, on a un problème :
L’écran ainsi que les périphériques habituels que sont les claviers, tout ça finalement ça nous permet quasiment pas d’interagir avec la réalité.
On reste dans une bulle fermée.

Donc il y a le joueur et son écran.

La bulle justement, Jean-François en parlait un petit peu aussi, ça date de 1950.
Là c’était génial, c’était le futur.
Sauf que, en 2012, on en est toujours à peu près au même stade.
Bon, après, il y a eu des évolutions :
Donc la Wii qui a permis d’élargir un petit peu ça.
Donc wouw ! On bouge les bras, on bouge les jambes avec la WIFI, Kinect, mon PS-Mouve, la bourre.
Bon, il y avait aussi le pistolet de Doc Ant de Nintendo dans les années 80, mais qui a pas vraiment été démocratisé, pour le coup.
Alors que là, quand même, ça s’est démocratisé.
Mais le truc c’est que ça reste dans le salon.
On est dans notre salon.
Mais on reste… enfin la bulle elle s’est juste élargie de quelques mètres finalement.
Il y a autre chose qui a permis d’ouvrir un peu la bulle c’est évidemment les smartphones, à partir de 2007.
Et, sauf que, enfin là c’est juste… on déplace la bulle.
On est toujours rivé à notre écran.
Et finalement on n’a toujours pas vraiment d’interaction avec le monde réel.
Et pourtant donc, les smartphones modernes, enfin c’est dingue tout ce qu’il y a dedans :
Un accéléromètre, géolocalisation, micro, capteur de lumière, parfois même plusieurs appareils photos dans le même appareil.
Et qu’est-ce qu’on en fait avec ça ?

Voilà.

Je veux dire, c’est de loin le jeu le plus populaire au monde, je pense, toutes plate-forme confondues.
Et que ce soit celui-là, ou même tous les autres jeux sur mobile très populaires, c’est en gros, on appuie juste sur un bouton.
Bon là on tire. Mais sinon t’as : cut the rope, c’est pareil, ski Safari, time new is.
A chaque finalement on a juste une interaction assez binaire avec l’écran.
Alors, la réalité en elle-même on n’en parle pas.

Justement la réalité :
Là c’est une photo de la réalité au-dessus de nos têtes à beaucoup de km.
Du coup, on est dans un coin de l’écran là, actuellement.
Et il y a pleins d’informations.
La réalité nous fournit un nombre quasi infini d’éléments de game play.
Donc, il y a des systèmes naturels créés par la nature :
Donc les cours d’eau, les montagnes, les reliefs, la météo,
Des systèmes humains donc de transports, les écoles, commerces, les associations.
Enfin, on a quand même créé plein de systèmes.
Il y a aussi les variables physiques comme on a dit qui sont, comment dire ? capturées par le smartphone.
Il les repère tout ça : la lumière, la gravité, la vélocité, le son.
Tout ça plus… tout ça on a… on les a dans des bases de données.
Donc ici avec Google Maps ou comme on disait hier avec Open Street Maps, on a comment dire, un nombre de références complètement hallucinant à propos de la réalité.
Donc les parcs, les écoles, les rues, tout est référencé.
Et on peut tout utiliser comme game play pour faire du jeu vidéo.

Et à ce moment-là pourquoi, au lieu de jouer dans des mondes, des niveaux abstraits, enfin non réels, fictifs, ce qui est très bien hein, ça permet une créativité énorme,
C’est pas non plus pour totalement renier ça. Moi j’adore tous ces jeux-là aussi.
Mais pourquoi ne pas en faire notre niveau de jeu ?
La réalité, que ce soit un niveau de jeu !
Sans je dirais le jeu de rôle grandeur nature ou quoi que ce soit.
Vraiment rester en prise avec le réel.
Donc il y a des éclaireurs.
Il y en a qui ont déjà commencé à faire des choses.
Evidemment, donc il y a foursquare qui a introduit l’utilisation massive de la géolocalisation et des éléments de gamification.
Donc c’est déjà un petit peu un jeu, même si ça reste assez limité.
Et comme disait Denise tout à l’heure en introduction : ça ne raconte pas d’histoire vraiment.
C’est des petits gadgets, des petits éléments, ça reste surtout un réseau social, un peu intrusif également, plus qu’un jeu.

Donc, enfin, il y a des choses à faire.
Mais au moins ça a ouvert la voie.
Il y a aussi Night Running qui est intéressant.
Parce que ça utilise aussi la vélocité du corps en déplacement et son tracé.
Ça utilise, ça récupère encore des informations qu’on n’utilisait pas vraiment avant et qu’on commence à utiliser.
Ça lie à la fois la géographie, la temporalité, même le nombre de calories qu’on a brûlées.
Bon, après évidemment c’est pas vraiment un jeu, là encore.
C’est de la compétition tout seul.
Dans ce sens-là c’est un peu un jeu.
Mais en tout cas, à l’état actuel, on peut pas jouer avec quelqu’un.
Ce qui manque un petit peu.

Il y a un autre jeu, pour le coup c’est vraiment un jeu qui est assez marrant c’est : Mid Space Invasion qui utilise la géolocalisation.
Donc on est dans notre quartier, on se balade et on voit sur l’écran, dans les rues adjacentes, les monstres qui spawnent, et qui nous foncent dessus.
Et puis on les dégomme avec un bouton, on peut changer d’arme etc…
Donc ça commence vraiment à devenir un jeu.
Le seul reproche que je pourrais faire c’est que ça reste un plan en 2D.
Par exemple les monstres vont traverser les pâtés de maisons.
Et ça n'utilise pas vraiment toutes les informations qu’on a, ça utilise uniquement le plan 2D.
Ça utilise pas le nom des rues, l’histoire des quartiers, les stations de métro ou autre….
Je sais pas, on a plein de choses à faire avec ça.
Mais déjà ça commence à être un vrai jeu.
Bon, j’y ai joué un petit peu parc de la Villette et c’est assez sympa parce que quand on voit un aliène qui nous tire dessus, on va courir de quelques mètres pour éviter le projectile.
Les gens nous regardent, ils pensent peut-être qu’on est un peu fou.
Mais c’est très marrant, très fun à jouer.
On peut jouer avec d’autres personnes sur la même partie, donc c’est très sympa.
Par contre, bon pour le coup, ça fonctionne dans un parc.
Dans les rues de Paris, avec tous les gens qui nous rentrent dedans c’est un peu plus compliqué.

Alors nous, ce qu’on a essayé de faire donc c’est Battle Paris.
C’est un jeu de capture de zones via géolocalisation.
On a séparé Paris en 156 quartiers, répartis en 7 camps, en utilisant un peu l’histoire de Paris.
Donc les 7 premiers arrondissements c’est Lutès.
Après il y a Montmartre, Belleville, Bercy.
Ça crée déjà une identité.
Généralement le joueur va choisir son camp en fonction de là où il habite, ou en fonction du quartier qu’il pense le représenter le mieux.
Et le but du jeu c’est de partir à la conquête de Paris.
Quand on se déplace on va dans un autre quartier.
On peut checker dans ce quartier et le capturer pour le compte de son camp.
Donc c’est une sorte de Risk grandeur réelle.
En plus on apprend un petit peu de l’histoire Paris.
Parce qu’en même temps elle est tellement riche, on aurait pu beaucoup plus mal tomber de ce côté-là.
On essaie d’utiliser au maximum l’histoire et la personnalité de chaque quartier.
On devait retrouver la trace de vieux hameaux, de vieux lieudits qui existaient et qui ont été complètement englobés par Paris, et qui ont donné leur nom à des stations de métro.
Et tout ça a été submergé par les couches d’histoires successives.
Et on leur redonne de la personnalité, on essaie de les refaire émerger.
Après on a essayé d’en faire un véritable jeu.
Donc il y a vraiment le sentiment de satisfaction quand on arrive à capturer un quartier.
Et aussi également, quand le quartier appartient déjà à notre camp, on peut poser une mine.
Le prochain joueur d’un camp adverse à checker dans le quartier va prendre la mine et il va perdre…
Il va pas marquer de points pour son camp. Et il va perdre des cœurs.
Parce qu’on a 6 cœurs par jour, pour éviter la surdose et qu’il y en a qui fassent que ça…
Genre foursquare par exemple, où il y en a vraiment ils passent leur temps à ça.
Donc vraiment le but c’est découvrir et s’approprier l’une des plus belles villes du monde.
Et l’idée après ce serait de faire ça…
On peut faire ça dans toutes les villes du monde après.
Et ce serait l’objectif.
Enfin, de toute façon c’est juste une piste.
Il y a plein de choses à faire.
Et vraiment…
Par exemple, donc il y a une sorte de "Settlers", en géoloc, ou de "Simcity" si vous préférez.
Vous êtes chez vous. Vous pouvez dire ça va être votre base.
Après, vous avez un parc à côté de chez vous, vous allez prendre l’air.
Et vous posez un bûcheron à cet endroit-là et qui va vous récolter du bois, vu que dans Open Street Maps ou Google Maps, ça c’est référencé.
On sait que ce sont des zones vertes.
Et ça je pense que même à Paris, on en a tous un petit peu à proximité.
Ou par exemple, un pêcheur près d’un point d’eau qui va récupérer de la nourriture pour vos habitants virtuels.
Créer après… tracer des routes à partir des routes existantes qui vont relier ces différents éléments.
Et voire même checker au commissariat d’à côté.
Ça va être votre caserne qui va vous faire des petits soldats.
Et puis après inviter d’autres joueurs qui vont faire eux-mêmes leur camp et vont essayer de vous grappiller du terrain.
Ou alors un RPG sur…
On peut utiliser le monde ! donc le monde entier.
Après, pourquoi on pourrait pas faire, genre des monstres et des donjons et des missions aléatoires qui spawnent genre Daggerfall ?
Je pense que certains d’entre vous connaissent, l'ancêtre de Skyring et compagnie.
Où vraiment on se baladait et tout était généré aléatoirement.
Et ça, on peut le faire.
On a la technologie pour.
Et ça nous permet aussi ben vraiment de se balader, d’apprendre à découvrir notre quartier, ce qu’il y a autour.
On peut faire ça, genre utiliser les données des écoles qu’il y a à côté, des commerces.
Il y a vraiment plein de choses à faire.
Ou une course à la Tronc où faut pas croiser la trace de son adversaire, via géolocalisation,
Un peu comme Night Running mais vraiment en faire un jeu, aller plus loin, et faire en sorte…

Faire en sorte…. Je vais essayer de reprendre, excusez-moi.

Faire en sorte qu’on joue vraiment avec les autres et avec la réalité, dans la réalité, avec les outils dont on dispose qui sont maintenant considérables.
Et il y a déjà un exemple à New-York c’est PacManhattan où il y en a un qui va se déguiser en Pacman, les autres en fantômes.
Et chacun ont leurs petits jeu de géolocalisation dans la poche.
Et les fantômes vont essayer d’attraper Pacman, sauf quand, dans les rues de New-York il va choper une pièce et donc il va pouvoir à son tour manger des fantômes.
Et il y a… je sais qu’il y a la version aussi… ils l’ont fait à Lyon.
Ça existe à Lyon.

Donc, en conclusion.

Comme disait Mike Monteiro hier : c’est notre responsabilité de créateurs…
Bon, je pense pas que tout le monde ici fasse du jeu vidéo. Mais on est tous un petit peu créateur, on fabrique des choses.
Vraiment c’est notre responsabilité d’ouvrir ce champ pour pas rester bloqué sur des jeux à un bouton, déconnectés du monde.
Le monde est tellement riche.
Il y a tellement de choses à faire.
Il y a tellement de choses qui existent.
On a tellement de choses à découvrir.
Je veux dire, moi en me baladant dans les rues, je découvre en permanence des choses.
Et la plupart des gens généralement restent chez eux et vont à leur boulot.
Après tout nous sommes nés pour jouer, et jouer est censé nous apprendre à découvrir le monde plutôt que de l’éviter.

Merci
[Applaudissements]

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