D'imposteur à mentor ?

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Le sujet

Voilà maintenant 6 ans que j'ai commencé à former des étudiants de 18 à 50 ans au HTML/CSS, en école et en entreprise. L'intégration valide, accessible, performante, maintenable... c'était loin d'être évident à transmettre.

Aujourd'hui j'adore enseigner : c'est gratifiant, enrichissant, amusant et ça peut aussi parfois s'avérer frustrant, hilarant ou épuisant. Mais par-dessus tout, ça permet de remettre en question ses compétences, de prendre confiance en soi, et de contribuer à former la prochaine génération des artisans du web.

Je viendrai accompagné d'un étudiant, Nicolas, pour vous faire part de l'expérience de formation, des joies et sueurs que je leur communique, et des enseignements que chacun de nous en retire.

(Nous ne garantissons pas de garder notre sérieux jusqu'au bout. :-D)

Présenté par Nicolas Guenin et Matthieu Bué

Nicolas Guenin

Nicolas Guenin est étudiant en conception et développement Web en alternance.

Étudiant et déjà passionné de CSS, d'UX et d'A11Y, il pousse sa veille tous les jours encore plus loin. Il sera ravi de partager et d'apprendre avec vous via Twitter ou autour d'un p'tit rhum.

Et oubliez !important... !chucknorris est toujours plus important !

Matthieu Bué

Matthieu est Web designer et intégrateur freelance, formateur, staffeur SudWeb, baroudeur du Web insatiable et sans vergogne face à du code de mauvaise qualité.

Avec ses plus de 10 ans de tribulations, il designe le Web et apporte son expérience en ergonomie et UX, sait taper les développeurs où ça fait mal quand ils répondent à coup de !important, et dresse ses étudiants avec son Nerf nommé « Qualité Web ».

Vous le débusquerez facilement sur twikito.com et en suivant ses élucubrations sur Twitter ou CodePen.

Transcription

Présentation

Une question avant de commencer : qui ne connaît pas ce qu’est le syndrome de l’imposteur ?

Alors rester parce qu’on va justement en parler.

Bonjour je suis Matthieu, Web designer et développeur front-end… imposteur professionnel.

Bonjour je suis Nicolas, étudiant en développement front et Web designer freelance.

Introduction Une pathologie récurrente dans nos métiers qui aurait même l’air d’être tendance ces dernières années est le syndrome de l’imposteur. Mais qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur me direz-vous ? Les personnes touchées par le syndrome de l’imposteur expriment une forme de doute maladif, ne se sente pas légitime. Certains d’entre vous s’y reconnaîtront… et oui malheureusement : moi aussi. Mais au moins, je le sais. Je vais vous raconter comment un imposteur peut en arriver à devenir mentor grâce à la formation.

La formation

Je suis devenu formateur parce qu’un jour j’ai osé me bouger le derch. J’ai osé présenter mon métier devant une assemblée d’environ 200 personnes il y a quelques années, ce qui m’a permis de rencontrer les responsables de formation de l’école où j’ai appris. Ils m’ont proposé de donner quelques jours de cours en SEO. Lors de mon premier cours de SEO, la classe a démarré à 15 le matin, puis à 10 à 14h, pour finir tout seul. Gros coup dans la confiance en soi. Puis j’ai eu les cours de développement front-end. Premiers cours de front-end : seuls supports Memento CSS3, mais j’ai rapidement changé pour faire mes propres cours. D’ailleurs, voici la première maquette que je leur fait coder… Ça semble simple, non ? Je vous donne maintenant l'énoncé : vous allez coder sans en HTML et CSS dans les règles de l’art, mais vous n’avez le droit de n’utiliser ni classe, ni identifiant, ni sélecteur d’attribut, ni image, en responsive, et bien sûr sans JavaScript. Là déjà, on rigole moins. Dis -vous que le premier avertissement que je donne à mes étudiants est que chaque maquette que je leur donnerai à coder comportera des fourberies. Vous savez, ces petites choses dont vous ne vous apercevez pas au début mais que vous vous demandez « Ah merde ! Comment que je vais coder ça ? ». L’idée est qu’ils se cassent les dents sur des problèmes plus ou moins classiques, cherchent des solutions par eux même, quitte à les diriger vers la bonne réflexion. Et toi, ton premier cours, c’était comment ? Avant de commencer mon premier cours, il a d’abord fallu que je m’inscrive à une formation, ce à quoi j’ai longuement hésité. On connait tous ces fameux stéréotypes sur les métiers des “informaticiens”. Je m’attendais à avoir des profs comme ça ! Mais au final je suis tombé là dessus ! Premier cours, on a eu de l'algorithme avec Python. Autant dire qu’à la fin de la journée j’étais au fond du seau, mais là ou j’étais content, c’est que dans ma formation on l’était tous. Mais bon, je me suis dit, si certains l’ont fait, je peux le faire, du coup j’me suis retroussé les manches. Puis j’ai eu mes premiers cours en html/css avec matthieu. D’ailleurs ça me rappelle ma première page html que j’avais codé… Ohlala aaaatroce ! Le positionnement fait avec les margins, en responsive tout se chevauchait, une horreur. J’ai persévéré, je suis devenu addict au front. Là je parle de l’addiction qui vous réveille la nuit parce qu’une partie de votre cerveau continue de coder. Est-ce qu’il y en a qui se reconnaissent là dedans ? J’ai continué d’évoluer en apprenant SASS avec « CSS Maintenables avec SASS et Compass » et j’ai pu me frotter aux sélecteurs CSS velus lors d’une soirée bien arrosée avec mon professeur ici présent… Mes débuts en entreprise m’ont permis d’appliquer ma théorie et d’évoluer. Il y a encore deux semaines, j’ai remis le nez dans un code d’il y a 6 mois, et… j’ai pu constater une nette progression, et ça, ça fait du bien au moral. Et toi la formation ça t’a appris quoi ? Enseignement Pour moi, la formation m’a appris à analyser une situation et résoudre les problèmes beaucoup plus rapidement : imaginez que vous donnez une maquette comme celle de tout à l’heure à 15 étudiants… vous aurez 15 façons de faire et donc 15 manières différentes de coder. Et lorsqu’un étudiant rencontre un problème, je vais d’abord tenter de le challenger en lui demandant où est son problème. S’il ne sait pas, il faut que je vienne le voir, que je comprenne ce qu’il a voulu faire, où est son problème, comprendre comment le résoudre, et enfin comment lui expliquer… et tout ça en cinq secondes. Je peux vous dire que c’est sportif ! C’est très utile pour le code review ou la reprise de code d’un existant. D’un point de vue personnel : lorsque tu as des étudiants reconnaissants de ce que tu leur a appris, cela te permet d’améliorer ton estime de soi et de valoriser tes compétences. De plus, lorsque tu rencontres un étudiant avec une faculté d’apprentissage et de prise de recul pertinente, tu te mets à devenir reconnaissant puisqu’il te permet par la même occasion de te remettre en question, et donc de grimper en compétences et d’améliorer ta prise de recul par rapport aux technos actuelles. Et là, le syndrôme de l’imposteur qui te ronge prend un sacré coup dans la tronche. Donc ma conclusion est que la formation sert bien sûr pour les étudiants, mais peut aussi être un vecteur d’apprentissage pour l’enseignant. Et toi, c’est quoi ta conclusion ? Au final je t’ai demandé de bien vouloir me mentorer d’un point de vue technique, et tu as été d’accord, et il l’a pas du tout fait. En fait je me suis rendu compte que la technique, je pouvais l’apprendre de mon côté avec « Ok Google ». Matthieu m’apporte plutôt la prise de recul sur mes projets : je prends l’exemple avec un projet que j’ai eu avec peu de contenu. Je me demandais comment combler le vide. Il m’a conseillé de réduire mon espace de travail, donc la largeur de mon site.

Ça semble logique maintenant, mais sur l’instant, c’est ce genre de réflexion que n’apporte pas la technique seule. De plus il me permet de sortir sans arrêt de ma zone de confort. Exemple avec SudWeb où il m’a lâchement poussé devant tout le monde. Une fois au milieu des gens, je n’allais pas faire une démo de danse ! J‘ai donc proposé un atelier. Encore aujourd’hui, je suis là devant vous et juste après Bruce Lawson, je pense qu’il y a plus confortable comme situation. Et d’ailleur, pour une fois qu’ils sont là devant nous, Matthieu, j’ai une question : comment je fais pour me faire une place parmis tout ces gens ? Ce qu’il te faut, c’est du temps ! Du temps pour te faire de l’expérience et acquérir du pragmatisme ! Ouai, mais le temps je l’ai pas moi... Je suis un imposteur… mais je me soigne ! Je suis un imposteur… mais je me soigne ! Merci.